Cultiver en milieu urbain pour une meilleure sécurité alimentaire

Par Marc Lebel-Racine, coordonnateur FRAQ pour l’Interrégion Nord

Des images choquantes d’enfants qui crèvent de faim dans des pays appauvris circulent régulièrement dans les médias sous nos regards résignés. Mais la misère n’est pas monopolisée par les pays en développement. Chez nous au Québec, 250 000 ménages ont souffert d’insécurité alimentaire en 2011 et 2012, ce qui représente 8 % de la population. Évidemment, c’est inadmissible. Surtout à une époque où on pourrait nourrir toute la population mondiale, et même plus.

La plupart d’entre vous étant producteurs/trices, vous savez toutefois qu’il n’est pas facile de vivre de ce métier. Il faut avoir les reins solides pour gérer et rentabiliser une entreprise agricole de nos jours. Dans un environnement de plus en plus compétitif, il y a un phénomène relativement nouveau qui pourrait amener de l’eau au moulin des gens qui luttent pour la valorisation du métier d’agriculteur, pour l’accès aux terres, pour l’agriculture familiale, pour les circuits courts et pour une meilleure sécurité alimentaire.

L’agriculture urbaine, un pas vers l’autonomie alimentaire?

Sur les toits des gratte-ciel, sur nos balcons, sur nos immeubles, dans la ruelle, dans des serres, près des autoroutes, dans un jardin communautaire et même à l’Assemblée nationale, la mode est à la pratique de l’agriculture en ville. De nombreux organismes faisant la promotion de l’agriculture urbaine ont germé au Québec dans les dernières décennies. À Montréal, pas moins de 42% des citoyens pratiquent une forme ou une autre d’agriculture urbaine (plantes comestibles, apiculture, élevage d’animaux, etc.). Mode passagère ou tendance lourde? Les avis sont partagés, mais gardons quand même à l’esprit qu’avant la période industrielle, la production agricole accaparait une place importante dans la plupart des villes occidentales.

En produisant des aliments frais pour leur consommation personnelle, les urbainculteurs participent à réduire notre dépendance alimentaire envers les centres de production parfois éloignés. Sur le plan commercial, des entreprises innovantes ont visé juste en s’investissant dans l’agriculture urbaine et les circuits de proximité, notamment dans les serres, les poulaillers et les ruches urbaines. Dans une certaine mesure, l’agriculture urbaine vient complémenter l’agriculture « de région » en sensibilisant la population à l’importance de produire et de consommer localement.

Qu’on soit un grand partisan ou un éternel sceptique, les fermes urbaines et périurbaines participent au rapprochement entre ville et campagne. L’agriculture en ville – souvent pratiquée à la verticale pour compenser le manque d’espace – stimule les maillages et favorise la créativité. Ce type d’agriculture de moins en moins marginal nous rappelle que la production et la consommation d’aliments nous concerne tous, et ce, peu importe si l’agriculture représente notre métier, une activité secondaire, un loisir ou bien une considération lointaine.

L’environnement et l’économie au cœur des cultures

D’un point de vue environnemental, les bienfaits de l’agriculture en ville ne se limitent pas seulement à une amélioration de la qualité de l’air. Cultiver en ville contribue également à maintenir un certain niveau de biodiversité, à combattre les îlots de chaleur, à diminuer les eaux de ruissellement et à maintenir les paysages agricoles et l’esthétisme qui dominaient jadis nos villes avant que l’urbanisation ne prenne le dessus du pavé.

D’un point de vue économique, l’agriculture urbaine permet généralement de faire diminuer le prix du panier d’aliments et contribue à la création d’emplois, tout en réduisant les coûts de transport. Si l’agriculture en ville est bien arrimée à l’aménagement urbain, elle permet de rafraîchir des secteurs dévitalisés. Des projets innovants d’aquaponie et d’hydroponie témoignent par ailleurs de l’essor d’un type d’agriculture urbaine à plus grande échelle, tout en conservant la dimension humaine.

Sous le béton, les racines de notre avenir?

La relève agricole mène campagne depuis un bout sur la question de l’accès à la terre. Le fait de cultiver en ville est dans une certaine mesure une forme de réponse à cette problématique.

Dernièrement, un projet pilote nommé La Caravane des cultures a vu le jour en Montérégie à l’initiative du CLD des Jardins-de-Napierville. Ce marché mobile offre aux résidents de la MRC des fruits et légumes locaux à prix abordable. C’est précisément ce type de projets qui gagnerait à être reproduit dans les secteurs où les gens peinent à se procurer des aliments du Québec frais, diversifiés et à un coût modique. À tous les cultivateurs de démontrer qu’ils savent pratiquer l’agriculture – traditionnelle ou pas – et que ce savoir-faire peut être mis à profit pour assurer un accès pour tous à des aliments sains produits chez nous!

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